Roulis
clarté frôle les sens
quand je me dresse, j’essaye de me dire que ce moment agréable, cette itération de ma conscience, cet instant discret dans le temps où je pense très, très vite « ça y est, j'arrive à rester en équilibre sur la planche » n’est pas vraiment une extension de moi — c'est ce qui ondule ; ces milliers de facteurs externes et internes co-produits et filtrés par ma cognition que je résume élégamment par cette formule conventionnelle : « je fais du paddle » ; l’organe cerveau peut agir tel un engin bicéphale percevant et conscient de cette perception ; c’est une démarche de réciprocité qui va dans le sens contraire du cheminement visiteur ; plutôt que de déstabiliser le consommateur, on cherche à bousculer les convictions de l’agrégat de pensées qui revêt le « je » avec des roulements ; même si le chemin pour passer d’un extrême à l’autre est rempli de circonvolutions, il en vaut le détour
L’attentiascétisme qu’on peut s’imposer
Implique de retenir son impatience
Jusqu’à tant que l’on remarque ce qui s’accroche
Comme des balanes dans l’estran du maintenant.
Mais, que sont ces éléments immobiles,
Revêtus de ce qui s'apparente à une coquille
Qui se découvrent alors que le soi fait marée basse ?
Ils ne peuvent ni être vus par les yeux,
Ni entendus par les oreilles, non plus
Sentis par la peau ou par le nez.
Leur présence se fait savoir, pas ressentir.
Ce sont les fugitifs du Samsara.
fantôme d’une incertitude à propos d’un univers suprasensible me prend au dépourvu ; je refais surface dans la prise de conscience que l’insoluble, stricto sensu, est là, encore, toujours en attente des hordes de nous-qui-sommes, nous-qui-pensons, nous-qui-disons, nous-qui-arrivons-en-méditant-au-seuil-sans-jamais-franchir-la-porte
Essence mondaine égal flaque de diesel.
Silence du mazout qui s’étale sans friction.
Dans son bord arc-en-ciel le regard glisse.
Vademecum d’une période d’apathie
je suis devenu coulant car, ne m’étant pas assez frotté à l’inconnu, j’ai perdu l’envie de fricoter, de me mesurer aux vagues qui déferlent sur ma cervelle surprise ; maintenant, je redécouvre l’usage réel de mes épaules dans une salle de concert où le groupe joue fort et avec abandon et où la scène est à peine plus haute que le genou d’une personne d’un mètre soixante ; pendant que je recommence à dissoudre le soi dans l’eautre, le monde suit à la traine derrière la course du monde, son couloir de plasma s’étirant du cœur de l’alternateur jusqu’aux écrans ; donner l'impression que le corps est solide sur ses appuis, sur la planche, sur l'eau, sur la terre inondée ; chercher le moyen d’éteindre de pleurs les enfants pendus au gibet des ambitions territoriales ; si la métaphore ne produit plus l’effet escompté, c’est que l’émerveillement a été épuisé, et non les lexèmes ; tout se fige, tout semble stable et pourtant indomptable, intouchable, froid, prévisible et conçu ainsi pour assurer la récursivité
Comment s’émerveiller quand on se coltine l’incapacité de s’extirper du destin commun téléguidé ? Je n’ai pas la réponse, mais depuis que j’ai chaviré dans le réel, je retente de dépasser le seuil. Je me recouche sur la planche. Je suis les roulis.






